Mad in France

A l’heure où le triple A ne vaut plus tripette, où la dette devient le trou du spectacle, où les taux se resserrent et où l’économie marche à CAC pattes, nos hommes politiques ont trouvé la parade : acheter français. Damned Damnation, mais c’est bien sûr ! Comment ne pas y avoir pensé plus tôt ? En achetant des produits français, nous les français, on va sauver la France du fiasco économique. Voilà un excellent conseil qu’il est bon. Grâce à un sens des réalités aiguisé et à une vision politique rarement vue de nos jours, nos fins stratèges vont nous permettre d’appréhender l’avenir avec moins d’appréhension.

Rassénérré Racénnerré Rasséréné, adjectif désuet facile à écrire grâce à l’aide orthographique du logiciel Microsoft Word de mon ordinateur Dell, je me suis servi un Nespresso avant d’aller m’enfoncer dans mon canapé Ikea. J’ai tendu ensuite le bras pour allumer ma chaîne Denon et mettre un CD Sony dans le lecteur. Et c’est un bon vieux Beatles des familles qui est sorti de mes enceintes Bose. Au même moment, mon téléphone sans fil Siemens se met à sonner. Je décroche et parle à mon ami Youri qui m’explique que sa femme Djemila est partie en vacances au Sénégal avec la compagnie Emirates et qu’elle loge au Radisson. Je note ses nouvelles coordonnées avec mon stylo Mont-Blanc avant de les rentrer dans mon iPhone4S. Je me détends ensuite avec une glace Ben & Jerry et une canette de coca bien fraîche sorties de mon frigo-congélo Scholtès. A midi, j’irai certainement me faire le chinois du quartier à moins que j’achète un plat cuisiné Weight & Watchers chez l’épicier arabe. Et tiens, après, avec mon scooter Piaggio, j’irai au ciné voir un film Paramount ou Warner Bros. Peut-être Mission impossible avec Tom Cruise. En rentrant, je me ferai un apéro : une Corona ou une Tsin Tao avec des Pringles. Oui, vraiment rannéréssé rassénéré merci Google, je me dis qu’acheter français, c’est une certaine idée d’appréhender la France.

Devoir de vacance

A l’heure où les juilletistes n’ont aucun d’août,
Où le ballon rond en est arrivé à un stade,
Où les syndicats battent en retraite,
Où l’économie ne nous épargne rien,
Où le climat un temps périt,
Où les ministres cupides conservent leurs polis tics,
Où les présidents sont des bêtes en cours,
Où les déficits atteignent des sommets abyssaux,
Où la pollution tombe toujours à pic,
Où le Sud perd de plus en plus le Nord,
Où les interrogations sont une question de principe,
Où l’éthique est faite de toc,
Où la nappe de pétrole remet le couvert,
Où les croyances mettent les voiles,
Où les promoteurs font encore la tour du proprio,
Où les traders se partagent le cake 40,
Où l’amoral est sauf,
Où les passe-droits sont un passe-temps,
Où la tenue de rigueur est exigée,
Où même les dieux ne se font plus prier,
Où les banlieues n’ont pas le droit de cité,
Où les Kerviel and co s’économisent,
Où dans burqa on voit surtout un Q,

J’y crois encore
Vide mais avide
Je surfe sur le vague

J’y crois encore
Usé mais rusé
Je piaffe de patience

J’y crois encore
Miné mais déterminé
J’attends mon heure de voir

J’y crois encore
Perdu mais éperdu
Je suis fou allié

Nouvelle Peugeot RCZ : l’automobile accessible à toutes les bourses

Que les choses soient claires, chez Peugeot, on vend pas des voitures à pédales. Non. Nous, notre cible, c’est le gars nature qui aime testiculer dans tous les sens face à une belle bagnole, et pas que les yeux bandés voyez-vous. C’est comme ça que nous est venue l’idée du RCZ, la voiture réservée aux zobs hommes.

Parce que nous, chez PI Joe, les mecs on les connaît. C’est pour ça que nous en sommes arrivés à réaliser cette touchante annonce publicitaire, dont la délicate sensualité ambiante fusionne subtilement avec une note de tendresse à peine exacerbée.

Tandis que l’émotion a bite le lecteur, la lectrice n’en est que plus gênée par la honte qui la pénètre. C’est ça la magie RCZ.

Attention, cette annonce n’est pas le fruit du hasard. On a étudié, analysé, testé, disséqué l’âme masculine dans toute sa glandeur. Maintenant, on sait que les hommes y z’ont des femmes sublimes, des enfants magnifiques et une superbe baraque.

C’est-à-dire que les femmes al’ sont hyper féminines avec talons aiguilles et tailleur Nachel et parfum qui-sent-cher passque elles le valent bien. Et pis c’est elles qui gardent les mouflets, qui récurent le parquet et qui se font les ongles. Bah ouais, c’est que des femmes. Chaque chose a sa place.

Mais Monsieur fait un effort. Il veut posséder maintenant  la RCZ. Et ça, ça l’excite. Même qu’il ne tient plus en place, son attention con-verge vers ce trop con-sensuel objet du désir. Il lui faut ce sublime top modèle au regard de braise, il veut caresser ces magnifiques jantes en dentelle, il veut prendre aussi ce superbe arrière rebondi qui s’offre à son regard et pas qu’à lui.

Nous zizi ici chez Peugeot, on a vraiment tout compris sur les relations hommes / voitures. L’élément moteur, c’est donc la passion. C’est pour ça qu’on a appelé notre caisse RCZ. RCZ comme Reste Couché Zizi. Faut rester digne, on vend des bagnoles pas des femmes.

21 mai 2011 : la journée de la mort

Jusqu’à aujourd’hui, tout va bien. On suit tous avec intérêt le capital de notre Livret A. On se pique de ne pas s’être fait vacciner contre la grippe A. On est transporté de bonheur dans les trains du RER A. Bref, on fait l’andouille AAAAA.

Mais savons-nous vraiment ce qui nous guette dans les prochains mois ? Avons-nous conscience de l’éphémèreté de notre vie, même si je suis conscient que c’est un peu court d’avoir inventé ce mot-là ?

Hé bin non vils insouciants hédonistes que nous sommes. Pourtant la fin du monde est tellement proche que je ne sais même pas si j’aurai le plaisir de voir rembourser mon crédit immobilier dans son intégralité.

Je ne vous parle même pas du 21 décembre 2012. Cette date est inca en la matière. Elle a été inventée par des gens qui avaient maya partir avec un calendrier.

Non je vous parle d’une fin du monde programmée comme un tiers prévisionnel : le 21 mai 2011, c’est-à-dire quasi demain.

C’est Harold Camping qui le dit. Un type bien cet Harold, même s’il a un nom à coucher dehors. Ce vieux monsieur a passé sa vie à étudier, analyser, disséquer la Bible. Pendant 70 ans, il a tourné et retourné les pages du livre sacré pour lire entre ses lignes. Et il a fini par trouver LA date exacte de la fin du monde, le jour du jugement dernier : le 21 mai 2011 donc.

Je t’essplique grosso modo comment Harold le devin a réussi à deviner la parole divine. Suis-moi bien, sans me suivre pour autant. Tu me suis ? C’est parti :

>Harold a commencé par calculer de long en l’arche la date du déluge, là où tout le monde s’était noé dans les eaux profondes, sauf ceux du bateau : 4990 avant JC.
>Ensuite, il a remarqué que la fin du monde aurait lieu 7 000 ans après.
>D’où son calcul tout bête et il fallait y penser :
4990 + 2011 – 1 = 7000
Les matheux auront remarqué le -1, ce qui normal puisque l’année zéro n’existe pas (on commence à 1).

Tu vois, pas besoin d’avoir fait un BTS Vatican ou un CAP Evêque pour connaître le jour du jugement dernier.

Le 21 mai 2011 tombera un samedi. Ça tombe bien, je bosse pas le week-end. J’espère simplement que j’aurai le temps de faire les courses de la semaine.

L’idée qu’on sait fête

Jusque-là, je suis dans l’étang
Du poireau matin, toute la fournée
Je fais des crèves éveillé
Je reste pire à pleins poumons
Je me surprends à panser à voix haute
Ferré, je suis la voie les jeux fermés
Je me laisse allié au fil de l’eau
Parfois même le doute ma bite
Ménopause aucune résistance

L’esprit émoussé, lame soumise
A mon corps dépendant
Je scrute les fées et gestes
Je me dis « J’erre » sans fin
Ma patience assez limite
Attend que sonneur vienne
Et je continue à faire sans blanc
Je noircis les pages du cas nié
Je me mélange à la nasse
Pour devenir un visible
Lucide, je suis à vide
De sensations mortes

Tout l’espoir, je m’endors dans les bras de morflée
Je fais d’étranges trêves qui ne me mettent en paix

Le four se lève et déjà je suffoque
Je fais des plans sur la moquette
Jeu magique sans arrêt
Je testicule en tous sens
Je rejette les cons promis
Je ne perds pas mon poing de vue
Prêt à bondir le moment velu
Mains serrées dans la nouvelle voie
Etre railleur, loin d’ici
Le choeur en phrase avec l’idée

L’idée qu’on sait fête dans la tête

1% de la population française en gardes à vue en 2009 !

C’est pas moi qui l’invente, c’est pas moi qui l’assène, c’est pas moi qui le fantasme. Non, moi je fais que répéter ce qu’en dit la presse. Et pas la presse de l’ultragauche tarnacaise ou celle de l’européenne écologique verte et pas mûre, hein ? Non, la presse, la vraie, celle qui a des valeurs adroites, j’ai nommé Le Figaro.

Et que dit cet organe excitant bien que non érectile ? Il dit ceci :

« Le ministère de l’Intérieur a admis que 800 000 personnes avaient été gardées à vue en 2009 en France, fermez les guillemets juste après »

Et là, vous captez, on est sur la même longueur d’onde :

La population française est en janvier 2010 de 64,5 millions environ (merci l’Insee). Il y a eu 800 000 gardes à vue, j’arrondis à 645 000 pour faire juste. Et 645 000 ça nous fait quoi ? Ça nous fait 1% de 64,5 millions.

Quoi, tu veux dire que 1 français sur 100 est passé dans les geôles des commissariats pour jouer au ballon ou faire du violon ? Non. Si. Alors, on est mal barreau.

Et là tu t’interroges : « Si z’y sont allés c’est qu’y z’avaient fait des bêtises. »

Hélas, je te réponds : « Certes certes, certains avaient certainement de bonnes raisons d’y faire un tour. Mais pas 800 000 personnes. Ce qui nous fait quand même 2 192 gardes à vue par jour. »

Et là, bien que non encordé et donc libre de mes mouvements, je fais un rappel (merci le site officiel de l’administration française) :

« La garde à vue est une mesure de contrainte par laquelle un officier de police judiciaire (gendarme ou fonctionnaire de police) retient une personne (un suspect) qui, pour les nécessités de l’enquête, doit rester à la disposition des services de police. Une personne ne peut être placée en garde à vue que s’il existe contre elle des raisons plausibles de soupçonner qu’elle a commis ou tenté de commettre une infraction. »

Ça nous en fait des infractionnistes. Ou alors l’administration policière ne sait que trop bien dans quelle direction verrou aller, ne nous cachot pas la face.

Et que fait la police pendant ce temps ? Elle se met au garde à vous pour les gardes à vue, pardi !

Et toi tu fais quoi ? Tu files fissa ici pour tout savoir sur tes droits avec ce petit guide pratique si tu fais partie du 1% qui finira en garde à vue en 2010.

Pour soldes de tout compte


J’ai fait les soldes d’hiver au Printemps
J’ai bien marché au Bon Marché
J’ai épaté la galerie aux Galeries
J’ai acheté un monoski à Monoprix
J’ai acheté un sex toy chez toy’R’us
J’ai trouvé un BHL au BHV
J’ai traversé le channel pour un Chanel
J’ai été logé à bonne enseigne chez Habitat
J’ai acheté des préservatifs à prix ferme chez Manix
J’ai trouvé de la porcelaine de Limoges à prix cassé
J’ai prix un billet SNCF avec entrain
J’ai joué le jeu chez Casino
J’ai eu les sens éveillés chez Diesel
J’ai acheté chez Hachette
J’ai commandé 3 suisses à La Redoute
J’ai acheté un CD d’un DCD à la FNAC
J’ai pris une livre de livres chez Gibert
J’ai eu la Total chez Esso
J’ai pas décollé de chez Kärcher
Je me suis pas épargné chez ING Direct
J’ai lancé un avis de recherche chez Avis
J’ai irradié de joie chez Areva

Mais,

J’ai fait tapisserie chez Mondial Moquette
Je me suis fait prendre sur Meetic
J’ai été fauché chez Fauchon
Je me suis planté chez Truffaut
J’ai croisé personne chez Carrefour
J’ai rien vu de bien chez Optic 2000
J’ai eu droit à une leçon chez Aubade
J’ai été pris pour une chochotte chez Schott
J’ai fait marche arrière chez Renault
J’ai eu un débit à mettre à mon crédit Cetelem
J’ai été mené en bateau chez Petit Bateau
J’ai pas eu la frite chez Macdo
Je me suis pris une veste chez H&M
J’ai été mis à la porte de Lapeyre
J’ai perdu des heures sur lastminute
J’ai été allumé chez EDF
Je suis tombé dans les pommes chez Apple
J’ai attrapé le syndrome de Stockholm à Ikea
J’ai été tricard chez Ricard
Je me suis pris une baffe chez Bose
J’ai cherché en vin chez Nicolas
J’ai réglé par Carte Bleue chez Carte Noire
J’ai eu tout le loisir d’attendre chez Disneyland
J’ai eu le bec cloué chez Casto
J’ai été bonne pâte chez Barilla
Je suis resté de glace chez Picard
J’ai rien capté chez Canal+
Je suis resté effacé chez Typex
J’ai eu que l’eau à la bouche chez Coca-Cola
J’ai manqué d’adresse à La Poste
J’ai absolument rien trouvé sur Google
Je me suis fait la malle de chez Vuitton
Je suis tombé des nues chez Simone Pérèle

Et je me sens si solde au monde

Sibérie m’était contée

Pour le lecteurnaute phonétiquement dyslexique, et dont les racines bourgeonnent du côté de Bourges, la fraîcheur du titre n’évoque en aucun cas le terroir hivernal de cette charmante province berrichonne, à savoir le Berry.

Quant au lecteurnaute nostalgique de la convivialité goulaguesque, la froideur orthographique du sujet en titre a un rapport lointain avec la contrée du même nom.

Donc, tout le monde l’aura compris : le sujet qui nous intéresse est bel et bien Paris. Maintenant, place au post :

A l’heure où même les canards ont un froid d’eux-mêmes, je traversais le canal Saint-Martin par l’une des vieilles passerelles métalliques aux marches de bois burinées par le temps et les passages.

Et puis soudain, là devant moi, un fait d’hiver étonnant s’offre à moi.

Une perspective versaillaise à la sobriété colorielle exemplaire s’ouvre comme un boulevard verglacé en lieu et place de la petite rivière dormante habituelle. Comme gelé dit, une petite banquise s’est couchée dans le lit du canal.

De chaque côté, les platanes centenaires et sans feuillage font comme une haie d’honneur en se regardant dans la glace. Et moi, le nuage de fumée blanche au nez, j’immortalise ce petit air de Sibérie à Paris.

Comme quoi le titre a quand même un rapport avec ce qui est narré.

« V’la-t-y vos stocks ? » me fait remarquer à l’instant un lecteurnaute avisé, à propos des commentaires de ce post.

Conte défaite de fin damnée

A l’heure où les sapins se vendent comme des petits pins, au moment où les portefeuilles trépassent quand les mioches trépignent, à l’instant où les gens s’activent comme des dindes pour le réveillon… voici l’heure tant attendue du con, du conte, du conte de Noël.

Bon allez hop, gigot :

Il était une fois un grand papa, une gentille maman et un petit garçon qui habitaient dans une jolie chaumière dans la forêt, avec pour voisins Tilapin le nalligator en peluche et Gropanda le piranha en plus…

Afin de ne pas heurter les âmes sensibles en narrant dans le détail l’affreux bain de sang dans lequel nos trois héros vont bientôt baigner – la faute à la voracité exacerbée de Tilapin et Gropanda et de leur tronçonneuse 5 vitesses modèle Découpator, je propose de bifurquer sur un conte de Noël plus classique dont la moralité irréprochable fera le bonheur des adultes ayant conservé leur âme d’enfant.

Bon allez hop, gigote :

Gare de Chicago, Noël 1941. Léon Scarface, dont le prénom est un astucieux anagramme de Noël, rapport au conte du même nom, dont la narration suit présentement son cours, malgré les digressions lourdes de l’auteur qui revient à son histoire ci-après.

Léon Scarface est accompagné de ses parents. Pour plus de commodités sémantiques, nous les appellerons Léonie et Léonard. Léon ouvre la marche. A part des valises sous les yeux, il porte aussi un étui à violon, accessoire fashion à l’époque. Derrière, soucieux et l’air sévère, Léonie et Léonard suivent et chuchotent à voix basse.

Léonard : Dis-lui toi.
Léonie : Ah non, c’est à toi le père, de lui dire.
Léonard : C’est le rôle d’une mère, tu crois pas ?
Léonie : Du tout. C’est un homme notre Léon, tu dois lui parler.

Le trio se dirige vers le quai 3. Léon, 23 ans, le sourire aux lèvres et la fleur au fusil, va prendre le train qui l’emmènera au port de New York, là où l’attend le bateau qui le conduira en France. Car Léon s’en va rejoindre son unité en ce Noël 1941. Il pense déjà à sa future vie de soldat.

Ses parents n’ont pas pu encore lui avouer l’inimaginable. Maintes fois, ils ont repoussé la terrible révélation. Maintes fois, ils ont redouté ce jour fatidique et ont préféré reculer l’échéance plutôt que d’affronter le désespoir de leur fils. Mais maintenant qu’il part faire le soldat, qu’il est un homme et que c’est Noël, alors il faut lui dire. Ses copains n’auront pas la délicatesse de ses chers parents. C’est pourquoi Léonie et Léonard ne font pas les fiers.

Léonie : Vas-y là. Il va bientôt monter dans le train.
Léonard : On attend encore un peu, hein ?
Léonie : Te dégonfle pas. Faut lui dire.

Tremblant et apeuré, le père pose sa main sur l’épaule de son fils. Celui-ci lui renvoie aussitôt un tendre sourire béat, empli d’un amour filial infini. Le père, honteux, se racle la gorge et se lance :

Léonard : Heu tu sais Léon…
Léon : Oui ‘pa.
Léonard : Voilà, ta mère et moi faut qu’on te dise quelque chose.
Léon : Oui ‘pa.
Léonard : Une chose importante, tu vois.
Léon : Oui ‘pa.
Léonard : Tu sais, c’est pas facile pour nous. On aurait déjà dû en parler depuis longtemps. Et puis tu sais la vie… On repousse et puis on est aujourd’hui. Tu pars faire ton service, tu vas voyager, voir du pays. Et… et puis tu vas faire des rencontres et tout ça. Alors, ta maman et moi on voulait te prévenir…
Léon : De quoi ?
Léonard : Ben… Tu vois mon fils, par exemple les abeilles. Hé bien elles butinent. Elles volent et hop elles se posent sur une jolie fleur. Et puis là, comment te dire, elles sortent leur… Vas-y toi Léonie, dis-le-lui. Moi je peux pas.

La mère prend son courage à deux mains, respire un bon coup et reprend le fil du monologue :

Léonie : Mon fils, c’est très important ce qu’on a à te dire. C’est quelque chose qui a rapport à la vie. Ton père et moi, on voudrait que tu saches ben… que les abeilles butinent le pistil des jolies fleurs.
Léon : Oui ‘man.
Léonie : Et puis tu sais, il y a aussi les choux et les roses.
Léon : Oui ‘man.
Léonie : Tu vois mon chéri ?… Léonard, je peux pas.

A peine intéressé par la chose, Léon s’élance soudain vers ses parents les bras grands ouverts. Il les embrasse comme un grand garçon de 23 ans peut embrasser ses vieux parents, en criant un « Allez, c’est l’heure ».

Il joint le geste à la parole en posant le pied sur la première marche du wagon. Ahuri, le père ouvre grand la bouche mais aucun son ne sort. Paniquée, la mère retient son rejeton par la manche mais les mots restent coincés dans sa gorge.

Abasourdis, les parents voient alors leur fils monter dans le wagon et fermer la porte. Pendant que retentit le sifflet de départ, Léon baisse la vitre, s’accoude et fait des signes d’adieu à ses parents. Dans un chuintement assourdissant, la locomotive démarre enfin.

Livides et sur le point de succomber à une attaque d’apoplexie, ses parents se regardent avec horreur. Le train est de train de quitter la gare de Chicago, et ils ne lui ont encore rien dit.

Le wagon s’ébranle lentement. Ravagés par le remord, Léonie et Léonard marchent à ses côté, cherchant rapidement leurs mots pour annoncer ce que leur fils doit savoir.

Le train va de plus en plus vite. Les deux parents se mettent à trotter puis à courir. Et soudain, alors que leur fils est encore à portée de voix, et dans un même élan désespéré, Léonie et Léonard s’écrient en même temps à son adresse :

Léon, le Père Noël n’existe pas !

Paris havre plus blanc

A Paris et ailleurs, quand on travaille, flocon y aille, même quand il neige comme en cette fin de semaine dernière. Alors j’ai mis ma veste noire pour aller voir le blanc manteau.

A peine sorti, l’air frais a empli mes poumons me faisant presque suffoquer. J’ai rajusté ma chapka et ajusté mes gants. Devant moi, mon fidèle destrier à 24 vitesses shimano, d’habitude rouge et jaune, avait été repeint en blanc. D’un geste las, j’ai secoué mon vélocipède pour lui faire retrouver ses couleurs. Puis je me suis assis sur la selle cotonneuse, j’ai saisi les rênes de métal froid. Et je suis parti sur les routes enneigées de la capitale.

Paris, ville des Lumières, avait ce matin le teint éteint, blafard. Les avenues, les boulevards, les trottoirs étaient recouverts d’une matière ouateuse avec pour horizon un brouillard vaguement laiteux.

Les deux pieds pendants, les doigts crispés sur les freins, je me suis laissé glisser sur l’asphalte moelleux, aussi à l’aise qu’un éléphant ivre sur une patinoire cirée. Arrivé pont d’Austerlitz, je me suis résigné à prendre le taureau par les cornes en me cramponnant à mon guidon pour continuer ma route à pied. Je devais bien ça à mon intégrité physique.

Le large trottoir était moquetté d’un tapis quasi immaculé. J’humai l’air épais et savourai la vue du fleuve paisible, dont les péniches gelées se serraient les unes contre les autres comme pour se réchauffer. J’imprimai dans mon cerveau toute cette vision fugace. Car la neige à Paris ne tient pas. Car Paris n’y tient pas. Dommage.

Et je suis allé retrouver la blancheur hospitalière, et sans hospitalité, de mon open space.