A l’heure où les sapins se vendent comme des petits pins, au moment où les portefeuilles trépassent quand les mioches trépignent, à l’instant où les gens s’activent comme des dindes pour le réveillon… voici l’heure tant attendue du con, du conte, du conte de Noël.

Bon allez hop, gigot :

Il était une fois un grand papa, une gentille maman et un petit garçon qui habitaient dans une jolie chaumière dans la forêt, avec pour voisins Tilapin le nalligator en peluche et Gropanda le piranha en plus…

Afin de ne pas heurter les âmes sensibles en narrant dans le détail l’affreux bain de sang dans lequel nos trois héros vont bientôt baigner – la faute à la voracité exacerbée de Tilapin et Gropanda et de leur tronçonneuse 5 vitesses modèle Découpator, je propose de bifurquer sur un conte de Noël plus classique dont la moralité irréprochable fera le bonheur des adultes ayant conservé leur âme d’enfant.

Bon allez hop, gigote :

Gare de Chicago, Noël 1941. Léon Scarface, dont le prénom est un astucieux anagramme de Noël, rapport au conte du même nom, dont la narration suit présentement son cours, malgré les digressions lourdes de l’auteur qui revient à son histoire ci-après.

Léon Scarface est accompagné de ses parents. Pour plus de commodités sémantiques, nous les appellerons Léonie et Léonard. Léon ouvre la marche. A part des valises sous les yeux, il porte aussi un étui à violon, accessoire fashion à l’époque. Derrière, soucieux et l’air sévère, Léonie et Léonard suivent et chuchotent à voix basse.

Léonard : Dis-lui toi.
Léonie : Ah non, c’est à toi le père, de lui dire.
Léonard : C’est le rôle d’une mère, tu crois pas ?
Léonie : Du tout. C’est un homme notre Léon, tu dois lui parler.

Le trio se dirige vers le quai 3. Léon, 23 ans, le sourire aux lèvres et la fleur au fusil, va prendre le train qui l’emmènera au port de New York, là où l’attend le bateau qui le conduira en France. Car Léon s’en va rejoindre son unité en ce Noël 1941. Il pense déjà à sa future vie de soldat.

Ses parents n’ont pas pu encore lui avouer l’inimaginable. Maintes fois, ils ont repoussé la terrible révélation. Maintes fois, ils ont redouté ce jour fatidique et ont préféré reculer l’échéance plutôt que d’affronter le désespoir de leur fils. Mais maintenant qu’il part faire le soldat, qu’il est un homme et que c’est Noël, alors il faut lui dire. Ses copains n’auront pas la délicatesse de ses chers parents. C’est pourquoi Léonie et Léonard ne font pas les fiers.

Léonie : Vas-y là. Il va bientôt monter dans le train.
Léonard : On attend encore un peu, hein ?
Léonie : Te dégonfle pas. Faut lui dire.

Tremblant et apeuré, le père pose sa main sur l’épaule de son fils. Celui-ci lui renvoie aussitôt un tendre sourire béat, empli d’un amour filial infini. Le père, honteux, se racle la gorge et se lance :

Léonard : Heu tu sais Léon…
Léon : Oui ‘pa.
Léonard : Voilà, ta mère et moi faut qu’on te dise quelque chose.
Léon : Oui ‘pa.
Léonard : Une chose importante, tu vois.
Léon : Oui ‘pa.
Léonard : Tu sais, c’est pas facile pour nous. On aurait déjà dû en parler depuis longtemps. Et puis tu sais la vie… On repousse et puis on est aujourd’hui. Tu pars faire ton service, tu vas voyager, voir du pays. Et… et puis tu vas faire des rencontres et tout ça. Alors, ta maman et moi on voulait te prévenir…
Léon : De quoi ?
Léonard : Ben… Tu vois mon fils, par exemple les abeilles. Hé bien elles butinent. Elles volent et hop elles se posent sur une jolie fleur. Et puis là, comment te dire, elles sortent leur… Vas-y toi Léonie, dis-le-lui. Moi je peux pas.

La mère prend son courage à deux mains, respire un bon coup et reprend le fil du monologue :

Léonie : Mon fils, c’est très important ce qu’on a à te dire. C’est quelque chose qui a rapport à la vie. Ton père et moi, on voudrait que tu saches ben… que les abeilles butinent le pistil des jolies fleurs.
Léon : Oui ‘man.
Léonie : Et puis tu sais, il y a aussi les choux et les roses.
Léon : Oui ‘man.
Léonie : Tu vois mon chéri ?… Léonard, je peux pas.

A peine intéressé par la chose, Léon s’élance soudain vers ses parents les bras grands ouverts. Il les embrasse comme un grand garçon de 23 ans peut embrasser ses vieux parents, en criant un « Allez, c’est l’heure ».

Il joint le geste à la parole en posant le pied sur la première marche du wagon. Ahuri, le père ouvre grand la bouche mais aucun son ne sort. Paniquée, la mère retient son rejeton par la manche mais les mots restent coincés dans sa gorge.

Abasourdis, les parents voient alors leur fils monter dans le wagon et fermer la porte. Pendant que retentit le sifflet de départ, Léon baisse la vitre, s’accoude et fait des signes d’adieu à ses parents. Dans un chuintement assourdissant, la locomotive démarre enfin.

Livides et sur le point de succomber à une attaque d’apoplexie, ses parents se regardent avec horreur. Le train est de train de quitter la gare de Chicago, et ils ne lui ont encore rien dit.

Le wagon s’ébranle lentement. Ravagés par le remord, Léonie et Léonard marchent à ses côté, cherchant rapidement leurs mots pour annoncer ce que leur fils doit savoir.

Le train va de plus en plus vite. Les deux parents se mettent à trotter puis à courir. Et soudain, alors que leur fils est encore à portée de voix, et dans un même élan désespéré, Léonie et Léonard s’écrient en même temps à son adresse :

Léon, le Père Noël n’existe pas !

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  1. Akhessa dit :

    Bien joué.. La vie de Léon peut s’en trouver bouleversée! sinon on lui dit quand pour la petite souris???

  2. ramses dit :

    Et la drogue ? Camé Léon ?

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