Jusque-là, tout va bien. Mes collègues de bureau me reconnaissent encore. Mon supérieur hiérarchique me dit toujours jamais bonjour. Mon nom figure sur la liste téléphonique. Et le stagiaire ne met pas encore ses doigts sur mon clavier. Et pourtant pourtant, y aurait de quoi que tous ces repères pépères soient enterrés une bonne fois pour toutes.

Depuis que mon agence a perdu une grande source de revenus mensuels, la perspective de mes 30 ans de carrière s’estompe comme neige au soleil. D’ailleurs la direction nous a regroupés pour nous  l’annoncer : « On sait pas où on va mais on fera tout pour y arriver ». Comme quoi une direction n’est pas nécessairement la bonne direction. Et puis, la direction a ajouté avec des trémolos dans la voie voix : « L’heure est grave, les symptômes sont aigus, les prévisions sont basses, les menaces sont hautes mais tout ira bien ». Et là, une charrette passe…

Dans la pub, la charrette évoque le plus souvent un quotidien de travail soutenu et nécessitant de déborder légèrement des horaires légaux. Le tout dans une fatalité de rigueur, mais teintée d’orgueil car finir à minuit ou mieux, à 4 heures du matin, ça fait bien à la machine à café :
– Et toi t’as fini à quelle heure hier ?
– Oh, j’ai fini tôt. Ce matin à quatre heures. 

Et pis, y a aussi l’autre charrette. Celle en bois avec de hautes roues cerclées de fer, tirée par un cheval de trait aux sabots lourds et à la démarche trapue. Craquant et cahotant sur la pavé gras, malmenant ses passagers, tous en chemise blanche froissée et les mains liées dans le dos. Se dirigeant sûrement vers l’estrade sur laquelle trône un rasoir géant à une lame et son barbier à chapeau pointu turlu-tu-tues. 

Et avec ce budget qui s’enfuit, le couperet tombera-t-il ? Tout le monde pense à sauver sa tête. Personne n’a la tête à penser à tout le monde. Alors tous, nous nous agitons de façon ostensible, nous agitons nos dossiers, nous photocopions en plusieurs exemplaires, nous emailons sans copie cachée, nous parlons fort au téléphone, nous invectivons même. 

De toute façon, je me dis que dans 2009, il y a neuf.

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Une réponse "

  1. Dis-donc la pub, ça a l’air d’être un monde sans pitié. Tu me diras un monde sans pub, ça ferait aussi pitié !! courage…

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