Ancien dialecte de nos villes et bourgades, le il n’est plus guère parlé de nos jours que par certaines corporations artisanales telles que la boucherie, la plomberie ou la garagisterie. Encore faut-il que l’autochtone pratiquant soit-il de première génération pompidoulienne.

Charmant et désuet, le il transporte avec lui comme un doux parfum suranné de plénitude évoquant les congés payés, les Trente Glorieuses et les belles autos à papa.

Mais parler le il ne va pas, pour le néophyte, sans inconvénient grammatical. Difficile à manier, sa pratique exige une attention de tous les instants. Au risque de perdre le il de la conversation.

Le timide ou le lâche utilisera à loisir ce langage neutre peu impliquant. Tandis que celui qui vouvoie (mais qui vous voit pas, vous voyez ?) se sentira lésé de ne pouvoir mettre une certaine distance entre lui et son locuteur.

Mais laissons là ces considérations qui ont le désagrément d’allonger inutilement l’introduction de ce post déjà pénible à lire ce qui, par conséquent, pourrait faire baisser le nombre de visiteurs, donc le taux de clic potentiel qui me permettrait, à terme, de faire de la réclame aussi bien pour des tampons encreurs qu’hygiéniques – je m’en tamponne du moment qu’on me tamponne un contrat.

Mais revenons à notre il disert. 

Et imaginez…

Je rentre dans une boucherie, une plomberie ou une garagisterie, comme vous voulez. Mais moi je choisis une boucherie. Dialogues :

Moi : M’sieurs dames.

Le boucher : C’est à qui le tour ?

Moi : C’est à moi.

Le boucher : C’est à lui.

Moi, me retournant et ne voyant personne : Excusez-moi, c’est à moi que vous parlez ?

Le boucher : Bah oui, c’est à lui. A qui voulez-vous qu’il cause ?

Moi : Heu… Lui, c’est donc moi ?

Le boucher : Il voudrait que ça soit qui d’autre ? 

Moi : Heu… Personne..

Le boucher : Alors qu’est-ce qu’il veut ?

Moi : Vous voulez dire ce que je veux ?

Le boucher : Il dit comme il veut. 

Moi : Bonbin, je veux 500 grammes de chair à saucisses.

Le boucher : Et avec ça, qu’est-ce qu’il lui sert ?

Moi : Vous voulez dire : qu’est-ce que je me sers ?

Le boucher : Mé non. Lui, il choisit ce qu’il veut et lui il le lui sert. 

Moi : Et moi ?

Le boucher : Lui ?

Moi : Oui, moi.

Le boucher : Oui, hébin qu’est-ce qu’il veut ? Il lui prépare une viande ? Il lui découpe une dinde ? Il lui prend une commande ?

Moi : Vous voulez dire que il c’est aussi vous ?

Le boucher : Il veut dire que lui c’est aussi lui ? 

Moi : Plaît-il ?

Le boucher : Oui, surtout aux juments.

 

A ce moment-là, apparaît une cliente.

Le boucher, se tournant vers elle : Et pour elle, qu’est-ce que ce sera ?

 

Parlez-vous le elle ?…

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  1. C’est bien connu, les bouchers sont multilingues !!

  2. ramses dit :

    Le « il » est aussi très en vogue dans les maisons de retraite… « Il a encore fait sous lui papy, il aura pas son quatre heures »

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