Mister Jekyll

Articles classés sous ‘Rien à cacher’

Ça va coma lundi

novembre 2, 2009 · Un commentaire

dormeurs

Je sais pas ce qui m’est arrivé. J’étais tranquillement en train de suivre les cours de la bourse de mon livret A, là tranquillement comment je viens de l’écrire, et puis comme soudain, paf, comme dans l’histoire de Paf le Chien. Ou encore pouf, comme dans l’histoire de Pouf le fauteuil.

Non pas que la promesse des fabuleux bénéfices annuels à 1,25% de mon épargne me faisaient miroiter des jours meilleurs, mais que tout à coup, paf ou pouf : il s’est passé plusieurs semaines. Là comme ça.

Le temps d’un clignement de paupières, d’un claquement de doigts, je me suis retrouvé aujourd’hui. En un millième de seconde, plusieurs semaines se sont écoulées. Qu’avais-je fait de ces journées ? Comment avais-je traversé le quotidien ? Dans quel état avais-je erré ? Qui avais-je côtoyé ? Où étais-je allé ? Dans quel état j’errais-je ?  Comment occupais-je mon temps ? Où avais-je la tête ? Dans quel état gérais-je, même si je pense que ça va être dur d’écrire ce fameux jeu de mot pas commode tant que je ne me questionnerai pas au présent ?

Pour tout dire, un doux coma a pris possession de mon corps et de mon esprit. Et moi, tout engourdi de paresse et de procastrination pocrastisnation protrasnination tendance à tout remettre au lendemain, je me suis laissé porter par le courant.

Somnolent mais éveillé, assoupi mais lucide, béat mais pas sot, j’ai virevolté de-ci de-là. Jusqu’à ce lundi. Mais maintenant que je me suis réveillé, les affaires vont reprendre. D’ailleurs, depuis le temps, j’ai déjà amassé 3,04 euros grâce aux bénéfices de mon livret A, qui lui ne s’est pas endormi.

Catégories : Rien à cacher
Tagué :

Encore un coup de pub

mai 19, 2009 · 2 commentaires

Jusque-là, tout va bien. Je travaille patiemment pour acquérir mes 160 trimestres de cotisation retraite, j’ai encore des tickets resto en stock et je pose mes RTT bien en évidence sur mon bureau aussi souvent que je peux. Bref, je fais carrière dans la pub.

Bien sûr, parfois, il faut être endurant et donner des bons coups de collier quand il faut. On endosse alors la panoplie du bon petit soldat vaillant qui ne dit mot et qui consent. Parce qu’il faut toujours se montrer endurant à la tâche, sinon ça fait tache. Et quand tu fais tache dans l’open space immaculément blanc de l’agence de pub, même si je suis pas sûr que l’adverbe existe, hébin faut faire gaffe qu’on t’efface pas aussi.

Justement, en parlant d’effacer, une très grosse source de revenus de l’agence vient de s’effacer définitivement (un jour, je t’en causerai du 2ème budget publicitaire de France et de N’avare). Une telle évaporation forcément, ça plombe les comptes et ça refroidit les bénefs. Et quand la turne perd de la thune, elle réagit. Bah oui, pisqu’on perd un paquet de grosses coupures, mon agence adorée a décidé de faire une petite coupure dans le paquet des effectifs.

Alors la bosse (mon boss est une femme) a convoqué toute la troupe à la cafète pour qu’on vienne tous boire ses paroles. On a été servis.

Y a d’abord eu les mots à la con : contexte (difficile), conjoncture (mauvaise), confiance (en crise), contrat (perdu), concurrence (touchée aussi).

Ont suivi les mots à la mords-moi l’ne : ne faiblissons pas, ne nous laissons pas aller, ne soyons pas envahis pas la peur, ne nous dispersons pas.

Et pour finir, les mots pour de faux : faut qu’on fasse des choix, faut qu’on continue d’avancer, faut qu’on y croit, faut qu’on licencie. 

Licencie : le gros mot est lâché. A peine sur le sol, le voilà qui rebondit aussitôt, montrant ses crocs menaçants en grognant. Licencie court ventre à terre, bouscule les employés et leurs repères, attrape leurs certitudes, arrache leurs dernières croyances. Puis le gros mot s’arrête. Les sourcils froncés, Licencie fixe droit dans les yeux les employés en riant à gorge déployé. Ceux-ci, inquiets, se font tout petits, espérant que son regard inquisiteur ne se posera pas sur eux, signe certain qu’ils feront partie des malheureux élus. 

Une fois le gros mot évanoui, la cafète devient toute silencieuse. Pas un bruissement de vêtement ni de murmure réprobateur. Le vide acoustique. La bosse sourit maladroitement en une grimace figée. Et puis, l’assemblée apprend par elle que les malheureux élus ont déjà été désignés et prévenus. Ils sont neuf, et pourtant ils ont déjà bien servi la boîte. De discrets soupirs de soulagement envahissent alors doucement la salle de restauration. Et moi, je reprends espoir pour arriver à finir mes 160 trimestres de cotisation retraite. Et dire que j’en suis même pas encore arrivé à la moitié.

Catégories : Rien à cacher

J’ai tué un ami sur facebook

avril 2, 2009 · Un commentaire

supprimerami

 

 

 

 

 

Je n’ai jamais tué personne. Et j’avoue que ce manque de compétence commence à me handicaper dans la vie de tous les jours. Surtout à une époque où les tueurs prennent en otage l’actualité et sont les héros de la société : les banquiers assassinent leurs clients en frais divers et avariés, les traders exécutent sans pitié leurs contrats, les patrons massacrent des emplois, le medef les fusillent du regard et les politiques appuie sur la détente sociale. Alors moi aussi, je veux en être.

J’ai d’abord regardé autour de moi et à part ma charmante femme, je n’ai trouvé personne à occire avec entrain. J’ai vite abandonné l’idée car je ne suis pas sûr d’avoir le dessus dans une lutte conjugale. Et puis elle n’a pas encore signé l’assurance décès que je lui ai offerte pour la Saint-Valentin.

C’est là que j’ai pensé à facebook : supprimer un ami de ma liste. Comme ça. Sans raison. Sans regrets ni remords. Le meurtre parfait. Pas de trace, pas de victime à attendre, pas de contact physique. Ça m’a tout de suite plu. 

De toute façon, j’ai trop d’amis facebookiens. Y en a qui viennent de je ne sais où. Alors un de plus, un de moins… Pourtant des questions me taraudent l’esprit : si je supprime un ami, en aura-t-il connaissance ? Si oui, pourra-t-il exercer à mon encontre de sanglantes représailles (genre me faire éliminer de ce merveilleux réseau d’amitiés) ? Si oui, pourrai-je m’en tirer vivant socialement ? Et moi, pourrai-je supporter la vue du sans sur ma liste d’amis ?

Et puis comment choisir ma victime ? Sur quels critères : sa photo, son profil, son statut, son nom de famille ? J’ai fait au plus rapide et au plus simple : j’ai choisi le premier de ma liste par ordre alphabétique.

Maintenant, passer à l’acte. Devant mon ordinateur, j’ai inspiré un bon coup et j’ai saisi sans trembler ma souris. Déterminé, j’ai dévisagé une dernière fois la photo de mon ami, ému comme le boucher caressant tendrement la crête de sa poulette adorée juste avant de lui sectionner son frêle cou. Et puis j’ai cliqué sur la croix de son profil. Un message est aussitôt apparu sur l’écran. Je vis avec soulagement que mon ami ne sera même pas averti de son décès. Pas de souffrance ni de douleur. La mort idéale. J’ai cliqué sur Supprimer cet ami. Et j’ai assisté en direct à ses obsèques : son nom a instantanément disparu de ma liste d’amis.

Hébété et encore sous le coup de l’émotion, je n’en revenais pas : j’étais un tueur ! J’avais été courageux et vaillant. Moi Mister Jekyll, en toute conscience et sans l’aide de quiconque, ai procédé au meurtre de sang-froid d’un ami. Je l’ai vite annoncé à mes autres amis encore vivants dans mon facebook. Curieusement, je n’ai pas de nouvelles d’eux depuis. Feraient-ils les morts ?

Catégories : Rien à cacher
Tagué : ,

Charrette pas de travailler

février 26, 2009 · Un commentaire

Jusque-là, tout va bien. Mes collègues de bureau me reconnaissent encore. Mon supérieur hiérarchique me dit toujours jamais bonjour. Mon nom figure sur la liste téléphonique. Et le stagiaire ne met pas encore ses doigts sur mon clavier. Et pourtant pourtant, y aurait de quoi que tous ces repères pépères soient enterrés une bonne fois pour toutes.

Depuis que mon agence a perdu une grande source de revenus mensuels, la perspective de mes 30 ans de carrière s’estompe comme neige au soleil. D’ailleurs la direction nous a regroupés pour nous  l’annoncer : “On sait pas où on va mais on fera tout pour y arriver”. Comme quoi une direction n’est pas nécessairement la bonne direction. Et puis, la direction a ajouté avec des trémolos dans la voie voix : “L’heure est grave, les symptômes sont aigus, les prévisions sont basses, les menaces sont hautes mais tout ira bien”. Et là, une charrette passe…

Dans la pub, la charrette évoque le plus souvent un quotidien de travail soutenu et nécessitant de déborder légèrement des horaires légaux. Le tout dans une fatalité de rigueur, mais teintée d’orgueil car finir à minuit ou mieux, à 4 heures du matin, ça fait bien à la machine à café :
- Et toi t’as fini à quelle heure hier ?
- Oh, j’ai fini tôt. Ce matin à quatre heures. 

Et pis, y a aussi l’autre charrette. Celle en bois avec de hautes roues cerclées de fer, tirée par un cheval de trait aux sabots lourds et à la démarche trapue. Craquant et cahotant sur la pavé gras, malmenant ses passagers, tous en chemise blanche froissée et les mains liées dans le dos. Se dirigeant sûrement vers l’estrade sur laquelle trône un rasoir géant à une lame et son barbier à chapeau pointu turlu-tu-tues. 

Et avec ce budget qui s’enfuit, le couperet tombera-t-il ? Tout le monde pense à sauver sa tête. Personne n’a la tête à penser à tout le monde. Alors tous, nous nous agitons de façon ostensible, nous agitons nos dossiers, nous photocopions en plusieurs exemplaires, nous emailons sans copie cachée, nous parlons fort au téléphone, nous invectivons même. 

De toute façon, je me dis que dans 2009, il y a neuf.

Catégories : Rien à cacher
Tagué : ,

Et voilà le travail

janvier 27, 2009 · Laisser un commentaire

Jusque-là, tout va bien. Très bien même. Ma femme dort à mes côtés. Ma béhème dort en bas dans le garage. Mon Livret A dort à moitié dans ma banque Kerviel & Madoff. Et moi j’adore mon job.

Même si je me lève fatigué le matin, même si mes boss me fatiguent, même si je fatigue les gens qui bossent avec moi, j’aime bien mon agence. Ça sonne bien agence, hein ? C’est pas comme société ou entreprise. Tellement convenu que je me demande si ça devrait pas s’écrire en deux mots. Agence, ça pose son salarié.

Une agence de quoi déjà ? De cons com. Ouais je fais de la com, de la came de com, de la com à came, de la com à la con. Tu vois, la com ça fait genre. Mais t’inquiète, y a pas plus convenu, même si c’est moi le con qui viendu tous les matins à 10 heures. Passe que la com, tu peux venir tard le matin mais si tu quittes à 18 h, c’est parce que t’as pris ton aprème. Y a encore des com cons que ça fait rire.

L’agence de com, c’est tout blanc dedans. Immaculé comme le haut du Fujiyama, et précieux comme le haut de mon pyjama que j’évoque ici uniquement à titre de renfort pour cause de rime en amas. Tout est blanc dans les open spaces : les tables, les ordis, les meubles…  Y neigerait que ça se verrait même pas.

Les gens sont tous très cool. Ils s’habillent comme chez eux, ils écoutent de la musique, ils se parlent sur facebook, ils boivent des coups le soir, ils font des trucs ensemble en-dehors, ils font les cons…

Mais attention, derrière la façade se cache une organisation redoutablement medefique ou parisotesque. Hiérarchie classique en pyramide, avec un boss mâle dominant en haut et raréfaction de la gent féminine dès le premier niveau. Et pour les rameurs de soute : pression sournoise, évolution inexistante, avenir incertain, augmentations virtuelles…

Comme j’aime à le répéter, en me prenant connement pour un sage immémorial : « Que tu le veuilles ou non, ton agence tu la quitteras un jour ». Aujourd’hui, je viens d’apprendre qu’une grande source de chiffre d’affaires de la mienne va se tarir définitivement dans pas très longtemps. 

Jusque-là, tout va bien : mon badge valide toujours l’ouverture de la porte. J’adore mon job. 

Catégories : Rien à cacher
Tagué : ,

Un blog ou une maîtresse, mais pas les deux à la fois

novembre 17, 2008 · 5 commentaires

Jusque-là, tout va bien.

Ma bouteille de rhum Green Island est à peine entamée, ma carte Visa Premier assure toujours les paiements que je fais et ma femme ne m’a pas encore quitté. Drug, money and sex : les acquis fondamentaux sont sains. De plus mon travail est fort respectable et rémunéré correctement, mes voisins sont tout à fait charmants et je jouis d’une honnête réputation dans mon entourage. 

Bref, tous les ingrédients sont réunis pour remettre gentiment tout ça en cause, de façon secrète. Comment ?  Bah en trompant tout simplement. Mais tromper qui ? Sa femme (la mienne), son ennui surtout (le mien d’ennui). L’homme est ainsi fait qu’il n’a de cesse de combler son insatiabilité chronique en allant voir ailleurs si l’herbe est plus verte, si la femme de ses charmants voisins est plus (ou)verte. Ou les deux à la fois, car rien n’empêche d’avoir une maîtresse avec un joli gazon teinté chlorophylle.

Et si cette insatisfaction masculine congénitale pouvait aussi être comblée par un autre type de relation. Du même genre au point de vue cérébral. Après tout, c’est l’effet qui compte. Car comme le disait si bien Alfred pour se faire Musset : « Peu importe le flacon pourvu qu’il y ait l’ivresse ». Par exemple en faisant un blog.

Alors relation sexuelle ou relation textuelle ?

- Avoir une maîtresse, c’est la levrette, la brouette, les galipettes…
- Oui mais un blog, c’est manipuler par l’écriture des milliers d’inconnues à la fois sans avoir peur de se péter le dos en acrobatie.
- Avoir une maîtresse, c’est vivre une passion.
- Oui mais un blog, c’est écrire des trucs excitants.
- Avoir une maîtresse, c’est faire l’amour de 5 à 7.
- Oui mais un blog, c’est sauter des paragraphes à toute heure.
- Avoir une maîtresse, c’est dans l’ascenseur, le placard, la voiture, la cuisine.
- Oui mais un blog, c’est où tu veux et devant tout le monde en plus.
- Avoir une maîtresse, c’est des jolis cadeaux : lingerie, chaussures, robes, bijoux.
- Mais un blog, ça coûte rien !

Et là, quel que soit le choix qu’on fait, il faut s’y atteler, relever les manches, se ménager des moments d’intimité et s’adonner à sa passion cachée et prenante. Tenir un blog du bout des doigts ou tenir une femme dans ses bras, il faut choisir. Mais pas les deux en même temps. Car rien n’est pire qu’une femme ou un blog mal entretenu. 

Comme vous le lisez, mon choix est déjà fait. 

Bon, jusque-là tout va bien.

Catégories : Rien à cacher
Tagué : ,