Mister Jekyll

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Avoir à voir

novembre 12, 2009 · 2 commentaires

J’ai payé les factures
J’ai fait réviser la voiture
J’ai refait les peintures
J’ai repris de la friture

J’ai lancé une machine
J’ai repensé la cuisine
J’ai retrouvé ma veste marine
J’ai rêvé de la voisine

J’ai réglé en espèces
J’ai remis les outils dans la caisse
J’ai suivi une paire de fesses
J’ai trouvé une pièce

J’ai fait les carreaux
J’ai rempli le frigo
J’ai lavé les rideaux
J’ai découpé les poireaux

J’ai allumé l’ordi
J’ai fait le lit
J’ai pris un crédit
J’ai joué à la wii

J’ai arrosé les plantes
J’ai lu un peu Kant
J’ai fait briller les jantes
J’ai ciselé de la menthe

J’ai papoté sur facebook
J’ai dansé sur du zouk
J’ai mis le souk
J’ai éteint l’ibook

J’ai descendu les poubelles
J’ai sifflé une ritournelle
J’ai pensé à la bagatelle
J’ai mis du sel

J’ai sorti le gratin
J’ai roulé un patin
J’ai été cherché le pain
J’ai rêvé à des seins

J’ai fait des nouilles
J’ai touché mes couilles
J’ai enlevé la rouille
J’ai changé la douille

J’ai passé l’aspirateur
J’ai bu deux planteurs
J’ai commencé à l’heure
J’ai manqué de beurre

J’ai rangé le café
J’ai cassé le saladier
J’ai perdu les clés
J’ai repris du taboulé

J’ai laissé un post-it
J’ai fait une otite
J’ai interrompu un coït
J’ai vu une amanite

J’au fait la cour
J’ai fait l’amour
J’ai fait un tour
J’ai vu le jour

J’ai corrigé mon texte
J’ai pensé sexe
J’ai levé mon index
J’ai mis du typex

J’ai posé mes vacances
J’ai senti une fragrance
J’ai crié silence
J’ai sorti ma science

J’ai essuyé une larme
J’ai écouté mon âme
J’ai maté une femme
J’ai rendu les armes

J’ai commandé un demi
J’ai enfilé mon costard gris
J’ai dormi jusqu’à midi
J’ai eu des ennuis

Et j’ai continué
Et j’ai accumulé
Et j’ai additionné
Et j’ai photocopié
Et j’ai démultiplié
Et j’ai accéléré
Et j’ai paniqué

Je me suis fait avoir

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Plus belle la vie

mai 27, 2009 · Laisser un commentaire

Si je m’écoutais, je m’achèterais une maison.
Un beau pavillon, dans la banlieue, zone 5.
Là où il y a des autoroutes A1, A3, A4, A6, A86 qui vont direct à la capitale en moins de deux heures la semaine.
Des quatre voies larges comme des boulevards staliniens.
Et un trafic qui serait un sujet de discussion le matin en arrivant au boulot et le soir en en repartant.

Ma maison, elle serait belle. Très.
Je pourrais faire le bruit que je veux puisqu’il n’y aurait pas de voisin comme en appartement.
On la reconnaîtrait de loin, jusque de la zup.
Elle aurait un jardin et du gazon comme de la moquette épaisse.
Comme celle qu’on voit dans les feuilletons américains.

Ma maison serait bien aménagée.
Je la meublerais avec soin.
J’irais chez conforama et chez darty.
Et puis chez ikéa forcément.
Ça serait pratique puisque j’habiterais juste à côté de la zone commerciale.
J’achèterais un beau canapé clic-clac, très utile quand il y aurait du monde qui viendrait coucher à la maison.
Je prendrais celui avec les motifs à fleurs.
Ça ferait plus rustique, comme à la campagne.

Je m’équiperais aussi en électroménager.
Un frigidaire qui ferait aussi des glaçons pour prendre l’apéro avec les amis qui viendraient des fois.
Un écran plasma qui serait tellement grand que le crédit cetelem pour l’acheter il durerait au moins le même temps que pour une voiture.
Un ordinateur portable avec le wifi qu’on pourrait utiliser où on veut dans la maison pour faire ses courses chez carrefour, priceminister et ebay.
Et qui serait aussi pratique pour aller sur facebook parce que tout le monde va sur facebook.
Et puis je poserais aussi mon iphone sur la table du salon bien en évidence pour bien qu’on voit que j’ai un iphone.

Je mettrais aussi un bar dans le salon pour quand je recevrai des amis.
Dedans j’y mettrais plein des bouteilles.
Il y aurait tout ce qu’il faut pour que quand quelqu’un viendrait, il trouve tout ce qu’il veut quand je lui demanderais à boire.

Devant le canapé, je mettrais une petite table basse.
Dessus, je mettrais un napperon et un cendrier en verre par-dessus pour faire joli et pour que ça serve quand il y aurait un ami qui fume qui viendrait à la maison.
Des fois, je pourrais même y mettre aussi un vase en verre qui irait avec le cendrier avec des fleurs dedans.
Comme ça, si c’est une amie qui viendrait, ça ferait encore mieux.
En plus, elles iraient avec les motifs du canapé.

Ça ferait encore plus rustique, comme à la campagne.
Ça serait comme qui dirait un ensemble.
Alors je mettrais des rideaux aux fenêtres.
Puis des doubles rideaux.
Ça ferait ressortir les rideaux qui seraient aussi avec les mêmes dessins que le canapé et la petite table basse quand il y aurait le vase en verre avec des fleurs dedans.
Ça ferait encore plus rustique qu’avant.
Ça serait vraiment la campagne.

Je mettrais une nappe en plastique sous la nappe en dentelle.
Je mettrais des dessous de bibelots en crochet sous les bibelots.
Je mettrais une belle couverture de laine sur le canapé en cuir.
Je mettrais le café dans une boîte en fer avec écrit café dessus.
Je mettrais le sucre en morceaux dans une boîte en fer avec sucre écrit dessus.
Je mettrais les spaghettis dans une boîte en plastique transparent.
Je mettrais aussi des patins en cuir.
Et une superbe fausse bûche éclairée dans la cheminée.
Et puis j’aurais deux chiens aussi.
Il y en a un qui s’appelerait Rex et qui serait un gros chien.
Et l’autre, Mimi, qui serait un plus petit.
Ils pourraient aller jouer dans le jardin.
Dans le jardin, je mettrais des petits nains en plastique très mignons.
Avec un joli faux puits en plastique savamment coloré.
Je mettrais une boîte aux lettres avec une girouette amusante.
Je mettrais aussi un grand baromètre qui ferait aussi hydromètre.

Et puis quand j’aurai mis tout ça,
je me mettrai une balle dans la tête.

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Et puis nous…

janvier 7, 2009 · Un commentaire

fabriquereves

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous étions jeunes
Nous étions beaux
Nous avions vingt ans
Nous avions le temps
Nous étions invincibles
Nous étions immortels

Nous croyions en l’évolution
Nous parlions révolutions
Nous avions les solutions
Nous prenions les résolutions

Nous dormions du sommeil du juste
Nous luttions forcément contre l’injuste
Nous étalions nos certitudes
Nous éliminions les incertitudes

Nous avions des espoirs
Nous savions des espérances
Nous avions des espérances
Nous savions des espoirs

Et puis nous avons fait notre première concession

 

Nous étions encore jeunes
Nous étions tout aussi beaux
Nous avions un quart de siècle
Nous avions toujours le temps
Nous étions forts
Nous avions la vie

Nous avions un idéal
Nous possédions des idées
Nous étions prêts à lutter
Nous défendions notre morale

Nous faisions des projets
Nous avions des désirs
Nous projetions nos envies
Nous désirions nos vies

Nous maintenions le cap
Nous tenions le gouvernail
Nous suivions notre étoile
Nous naviguions dans la même direction

Et puis nous avons eu notre première déception

 

Nous restions jeunes
Nous faisions les beaux
Nous avions trente ans
Nous avions encore le temps
Nous étions alertes
Nous avions l’envie

Nous savourions nos vies
Nous prenions des directions
Nous essayions des nouveautés
Nous faisions des projets

Nous touchions notre but
Nous franchissions les obstacles
Nous repoussions nos limites
Nous prenions tout en main

Nous faisions des rêves
Nous rêvions des utopies
Nous concevions des destins
Nous construisions des destinées

Et puis nous avons accepté notre première résignation

 

Nous faisions encore jeunes
Nous étions encore beaux
Nous avions deux fois vingt ans
Nous comptions le temps
Nous étions lucides
Nous étions inquiets

Nous étions dans le rang
Nous rangions nos utopies
Nous déposions nos armes
Nous rechargions nos âmes

Nous rêvions de réalités
Nous pensions notre quotidien
Nous crevions de peurs
Nous repensions notre avenir

Nous possédions l’étincelle
Nous cultivions notre différence
Nous soignions nos appâts
Nous posions nos conditions

Et puis nous avons vécu notre première humiliation

 

Nous étions moins jeunes
Nous restions beaux
Nous avions un demi-siècle
Nous regardions le temps
Nous étions braves
Nous bravions nos peurs

Nous suivions notre histoire
Nous ressassions nos mémoires
Nous conservions nos acquis
Nous acquérions du pouvoir

Nous gardions notre place
Nous prenions de l’espace
Nous développions notre statut
Nous élargissions notre stature

Nous lancions des ambitions
Nous planifions des intentions
Nous lancions des défis
Nous planifions des attentions

Et puis nous avons subi notre première soumission

 

Nous étions jeunes d’esprit
Nous étions beaux dans l’âme
Nous avions plusieurs fois vingt ans
Nous regrettions le temps
Nous étions sereins
Nous étions mortels

Nous refaisions notre parcours
Nous relisions nos passions
Nous avions compris nos peurs
Nous avions su nos erreurs

Nous laissions notre empreinte
Nous effacions nos traces
Nous laissions nos impressions
Nous effacions nos expressions

Nous étions nous
Nous attendions
Nous vivions
Nous étions

Et puis nous avons ressenti notre première dégradation

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Et hop un ami, et hop un ami, et hop un ami

décembre 19, 2008 · 2 commentaires

facebook

 

 

 

 

Je suis seul, je me sens seul
Je vais sur facebook
Je commande un ami
Un gentil, un pas trop gênant
Je fais ma demande
Je regarde, je choisis, je me tâte sans hâte
Je tournicote, je boursicote, je décote
Et enfin j’opte
J’ai un ami sur facebook

Je suis seul, je me sens seul
Je n’ai qu’un ami, un seul
Je vais sur facebook
Je consulte les portraits de faces et de profils
Je défile, je défie, je déifie
Je regarde les looks, je looke les regards
J’envoie des demandes
Des demandes d’ajout
Je me la joue
J’ai enfin dix amis sur facebook

Je suis veule, je me sens veule
Mes dix amis sont les seuls
Je retourne sur facebook
Faire mes courses, mon marché, sans acheter
J’invite, je séduis, je remarque, je caresse
Je caracole, je fais celui qui
Tout ça pour mes amis
Mes plus de 50 amis sur facebook
Mes presque 100 nouveaux amis

Je suis seul avec mes amis
Qui n’en sont pas, qui n’en sont plus
Je tague les murs, j’envoie des murmures
Je fanfaronne, je collectionne
Je fais le drôle, le simple et pas compliqué
Je ris parfois, rarement exulte
Et continue l’ajout d’amis
J’ajoute, j’additionne, je compile, je cumule
Je commente, j’annote, je glose
Je fais mon inintéressant
Des amis, sur facebook j’en ai des mille et des cents
Des mille et des sans

Je suis seul avec ma vie
J’ai 15 666 amis sur facebook
Je suis seul dans ma vie
Une déferlante de tsun’amis me fait chavirer
Et hop un ami et hop
Je comptabilise sans passion
Je démultiplie pokes et commentaires
Je change de chemise comme de statut
J’envoie et je reçois
Je rejoins, je quitte, je crée
Je suis le roi des amis
Et hop 14 101 989 amis
L’amitié no limit sur facebook

Je suis seul, je suis toujours tout seul
Je suis sur facebook
S’il vous plaît
Je suis votre ami
Pokez-moi, superwallez-moi
Mon ami m’a tuer
Amitié, ami tué

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