Mister Jekyll

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L’homme qui poussait le bouchon un peu loin

juin 16, 2009 · Un commentaire

pecheur

Par un joyeux début d’après-midi de flânerie, à l’heure où la bise fraîche de juin laissait enfin la place  aux chaleurs estivales prometteuses, je m’enivrais de balades langoureuses le long du canal Saint-Martin. Les quais et leurs gros pavés cabossés, les platanes centenaires, le courant léger des eaux douces, j’étais à Paris, j’étais ailleurs.

Je goûtais la tiédeur de l’air avec gourmandise. Je sentais la douce odeur de vase du canal. Je captais les fragrances des plantes en pot des fenêtres. L’esprit vagabond, je m’imaginais sur les berges de la Vilaine à la Roche-Bernard, de l’Odet à Quimper, de l’Auray à Saint-Goustan, de l’Aven à Pont-Aven…  J’étais breton par procuration.

Et puis, de loin, je l’ai aperçu. Perdu dans mes navigations internes, je l’ai d’abord cru issu de mes divagations. Sa silhouette se rapprochant lentement, je me suis ressaisi. Les bottes, le couvre-chef, la veste paramilitaire, la besace et la canne : tout devint limpide. Un pêcheur séculaire avait traversé l’espace-temps pour taquiner le goujon le long du canal Saint-Martin de Vilaine sur Odet d’Auray sur Aven.

La vision campagnarde avait toute sa place dans le décor.  D’un pas nonchalant, le pêcheur glissait doucement le long du quai, comme une embarcation se laissant guider par le fil de l’eau. Et moi, je savourais ce moment parisien inespéré.

Et quand il est passé tout à côté de l’interdiction, j’ai mordu à l’hameçon, et à pleines dents.

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En 2009, ne perdons pas la boule !

janvier 6, 2009 · 2 commentaires

Quelque part à 444 km de la Terre, à bord d’une navette spatiale de la NASA, le 31 décembre 2008 à 9h42 :

  • Commandant : Oh les gars, ici le commandant qui vous parle. On finit la mission et on rentre à la maison. On a un réveillon à faire en bas, sur la planète bleue !
  • Pilote : C’est ça, on retourne sur la planète bleue pour boire des verres !
  • Commandant : Hin, hin, hin, c’est bon ça.
  • Pilote : Au réveillon, on peut aussi bien boire des verres que du rouge.
  • Commandant : C’est ton quart d’heure ou quoi ?
  • Ingénieur : Jeff finit de resserrer un boulon sur la station orbitale et on peut se casser d’ici.
  • Pilote : Comment qu’tu causes toi ? Tu manques pas d’air !
  • Commandant : Hin, hin, hin, surtout à cette altitude, hin hin hin.
  • Pilote : Toi, t’as besoin de t’oxygéner.
  • Comandant : Hin, hin, arrête, hin, hin, hin.
  • Spationaute : A y est, j’ai fini le resserrage de boulons. On peut redescendre.
  • Pilote : Tu serai pas fumeur, toi ?
  • Spationaute : Comment ça ?
  • Pilote : Ben, tu veux des cendres !
  • Commandant : T’es con, hin, hin, hin. Putain on se marre.
  • Pilote : Tu veux dire qu’on s’envoie en l’air ?
  • Commandant : T’es trop fort.
  • Ingénieur : Finie la marrade, on se casse d’ici. Je vais ouvrir le sas à Jeff.
  • Pilote : C’est sas, va l’ouvrir.
  • Commandant : Hin, hin, hin, j’en peux plus.
  • Spationaute : Les gars, vous sentez pas comme quelque chose ?
  • Ingénieur : Magne-toi de rentrer dans la navette. 
  • Spationaute : Vous sentez pas les vibrations ?
  • Pilote : T’as le palu ou quoi ?
  • Spationaute : Ressentez rien ?
  • Ingénieur : Bon alors tu rentres ? 
  • Commandant : Prêt pour mettre les gaz ?
  • Pilote : Ça va péter !
  • Commandant : Sois sérieux 2 minutes.
  • Spationaute : Putain… Regardez-moi ça…
  • Ingénieur : Ça quoi ?
  • Spationaute : Là-bas, regardez, ça file sur terre.
  • Pilote : Là, tu parles de nous dans 5 minutes.
  • Ingénieur : Nom de dieu. Qu’est-ce que c’est ?
  • Spationaute : Ça fonce droit sur terre.
  • Ingénieur : Nom de dieu… Ça va quand même pas…
  • Spationaute : Si je crois bien.
  • Commandant : Heu les gars, ce truc-là, c’est un vrai ? Je veux dire, c’est bien réel ?
  • Spationaute : Non tu rêves pas. 
  • Commandant : Allô Houston, vous avez un problème. Je répète : vous avez un problème.
  • Houston : C’est toi Mac ? C’est toi qui va avoir un problème si t’arrives en retard à la soirée.
  • Commandant : Mayday, Houston, mayday. Accrochez-vous, ça va bouger.
  • Houston : Une seconde Mac. Hé les gars, qui c’est qui a éteint les lumières ?
  • Commandant : Désolé Houston, désolé.
  • Houston : Comment ça le compteur est toujours sur “on” ? Passez-moi les services généraux, ils vont rétablir le cour…
  • Commandant : Bye bye Houston.
  • Ingénieur : Nom de dieu, l’astéroïde enfonce la Terre.
  • Spationaute : L’onde de choc vient d’avaler les USA.
  • Ingénieur : L’Everest vient de s’écrouler.
  • Spationaute : Le Pacifique s’est asséché.
  • Ingénieur : Le mur de magma enfonce le Groenland.
  • Commandant : Bye bye Houston. 
  • Spationaute : Le feu a envahi la Terre entière.
  • Pilote : Moi je vous dis, on est pas encore rentrés.
  • Spationaute : L’humanité vient de disparaître.
  • Ingénieur : Il ne reste plus que nous.
  • Commandant : Bye bye Houston, tonne tonne tonne.
  • Ingénieur : Il nous reste 10 heures de réserve d’oxygène.
  • Pilote : Même pas de quoi tenir jusqu’à minuit. 
  • Commandant : Tonne tonne tonne, housse housse housse.
  • Pilote : Je le sens plus ce réveillon.
  • Commandant : Bye bye oups.
  • Pilote : Bon l’année prochaine, j’arrête de faire le con. Et vous les gars, c’est quoi votre résolution pour 2009 ?

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Poubelle la vie !

décembre 30, 2008 · Un commentaire

camion-poubelle

 

 

 

 

 

 

 

L’air était pur, la température fraîche. C’était le matin. Je vélibais d’un pédalage joyeux vers l’Entreprise (oui avec un “e” majuscule parce que j’en suis cap) qui m’offrait un travail rémunéré, mais qui, pour coller en cette période de disette récessionniste, me virait tout de même en fin de mois (pas moi, mon salaire). Ce qui fait que je suis viré tous les mois, ainsi que le sifflaient naguère les 7 mineurs cacochymes à barbe blanche comme neige : “Viré en travaillant, c’est un bon stimulant qui vous rend le coeur plus vaillant…”

Mais je m’égare du nord alors que cette histoire se passe du côté de celle d’Austerlitz. Or donc, en passant sur le boulevard, un engin motorisé de grand gabarit retint toute mon attention : il s’agit d’un camion poubelle. Rien de bien passionnant sauf que ce mastodonte à déchets possède un nom étrangement inapproprié : Sepur ! Mais quelle mouche a piqué la société qui a voulu se nommer de cette façon ? C’est comme si Total s’appelait Alodrozz, ou le marchand de canons Giat Industrie Jollyjouey, ou encore les Pompes funèbres Vitavi. Quels sont ces communicants dépassés qui ont affublé d’un nom gaguesque une entreprise sérieuse de transport de déchets ? Voyons comment on en est arrivé là…

Nous sommes dans les locaux de la société de Transport et Ramassage Orduriers Universels de Déchets Urbains Collectés. Il y a là le directeur, Modeste Caiblot, Mlle Gibelette sa secrétaire, le responsable de la division Nettoyage Haute Pression, le directeur financier et Jean-Balthazar Dupontt (avec 2 t), publicitaire aguerri de la pub illicite (oui, séguéla est un pro).

Tout ce beau monde est réuni autour d’une table afin de cogiter ensemble à la trouvaille d’un nouveau nom pour la société. A l’intention du néophyte, il s’agit là d’un remue-méninges qui n’est rien d’autre qu’un brain-storming en français. Moteur :

  • M. Caiblot : Bon, on est réunis ici dans ce local pour trouver un nom global pour l’entreprise, en remplacement de l’ancien, qui a fait son temps.
  • Jean-Balthazar : Ce que veut dire Modeste, c’est que la société de Transports nin nin nin, c’est pas impactant du tout. Le consommateur lambda ne comprend pas, ça lui parle pas. Avec un nouveau nom marquant, et remarquant, et démarquant, nous bénéficierions d’une meilleure visibilité sur le marché. Nous pérempterions un territoire vierge que nous revendiquerions. Nous affirmerions notre différence, nos différences, nous serions les plus beaux, les plus forts, les plusses mieux. Nous niquerions la concurrence et nous pigeonnerions nos consommateurs. Nous ferions des bénéfices que nous défiscaliserions et nous nous en mettrions plein les po…
  • M. Caiblot : Merci Jean-Bal, merci. Tout le monde a compris que tout ceci c’est de la communication. Et notre nouveau nom doit véhiculer tout cela. Alors on commence ? Quelqu’un a une idée ?
  • Le responsable de la division NHP : Moi j’ai une idée et qu’elle est bonne. On prendrerait les premières lettres de chaque mot qui forme le nom de notre entreprise Transport et Ramassage Orduriers Universels de Déchets Urbains Collectés, et on les metterait ensemble. Seulement les premières lettres.
  • Le publicitaire : Un acronyme ?
  • Division NHP : Moi je suis accro à rien du tout. Je prenderais seulement les premières lettres et ça fererait T.R.O.U.D.U.C. Qu’est-ce que vous en penserait-vous ? C’est plus bien, non ?
  • Mlle Gibelette : Ce nom-là me dit quelque chose.
  • Le publicitaire : Faut se méfier des acronymes.
  • Division NHP : A tout prendre, je préfère encore Arles à Nîmes.
  • Directeur financier : Et le côté performance, il est où ? Moi je verrai bien Super Anti Ordure 3000. Là on sent le dynamisme comptable, on respire le chiffre exact, on devine la courbe qui grimpe, on fleure la réussite d’aujourd’hui et de demain.
  • Mlle Gibelette : Oui mais le 3000, c’est comme pour le 2000. Quand on sera arrivés à l’an 3000, faudra changer le nom.
  • Le publicitaire : Il faut que le nouveau nom évoque une émotion. Affectivement, il doit transcender le concept qu’il représente…
  • M. Caiblot : Oui Jean-Bal, je le sens venir. Oui ça vient. Je vois quelque chose comme “C’est Beau, c’est bon, c’est du bonnet” !
  • Mlle Gibelette : Monsieur le Directeur, vous êtes un poète.
  • Le publicitaire : Continue Modeste. On est sur la bonne voie. Laisse-toi aller. Ouvre tes chakras.
  • Division NHP : Ordure & Co ou alors Ordioure Limited, ça sonne plus américain.
  • M. Caiblot : Je sens, je sens comme une fraîcheur… C’est frais, c’est…
  • Directeur financier : C’est frais, ça me plaît bien. On pourrait même l’écrire C-Frai.
  • Le publicitaire : Là, je vois un dynamisme empreint d’enthousiasme qui cadre bien avec l’idée qu’on veut faire passer.
  • M. Caiblot : Je sens aussi comme une pureté…
  • Mlle Gibelette : C’est pur ?…
  • Division NHP : La pureté, le pur, c’est tout nous ça.
  • Directeur financier : C’est pur, C-Pur, Sait-Pur… Oui je le vois… Cépur, Sépureux, Sépur ! Oui, écrit comme ça : Sepur !
  • M. Caiblot: Sepur, Sepur, Sepur…
  • Le publicitaire : Putain, on l’a !
  • Mlle Gibelette : Ça va faire joli sur les papiers à en-tête.
  • Le publicitaire : Nom de dieu : Sepur. Mais oui, c’est bien sûr !
  • Divison NHP : Bravo Monsieur le Directeur.
  • Directeur financier : Bien trouvé Monsieur le Directeur.
  • Le publicitaire : Bien entendu, ces honoraires de recherche de nom ne sont pas compris dans le forfait mensuel. Ils s’ajoutent.

Et depuis ce jour béni, vous pouvez apercevoir les camions-bennes Sepur sillonner la ville en quête de ramassage de détritus divers et avariés.

sepur

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Parlez-vous le il ?

novembre 22, 2008 · 2 commentaires

Ancien dialecte de nos villes et bourgades, le il n’est plus guère parlé de nos jours que par certaines corporations artisanales telles que la boucherie, la plomberie ou la garagisterie. Encore faut-il que l’autochtone pratiquant soit-il de première génération pompidoulienne.

Charmant et désuet, le il transporte avec lui comme un doux parfum suranné de plénitude évoquant les congés payés, les Trente Glorieuses et les belles autos à papa.

Mais parler le il ne va pas, pour le néophyte, sans inconvénient grammatical. Difficile à manier, sa pratique exige une attention de tous les instants. Au risque de perdre le il de la conversation.

Le timide ou le lâche utilisera à loisir ce langage neutre peu impliquant. Tandis que celui qui vouvoie (mais qui vous voit pas, vous voyez ?) se sentira lésé de ne pouvoir mettre une certaine distance entre lui et son locuteur.

Mais laissons là ces considérations qui ont le désagrément d’allonger inutilement l’introduction de ce post déjà pénible à lire ce qui, par conséquent, pourrait faire baisser le nombre de visiteurs, donc le taux de clic potentiel qui me permettrait, à terme, de faire de la réclame aussi bien pour des tampons encreurs qu’hygiéniques – je m’en tamponne du moment qu’on me tamponne un contrat.

Mais revenons à notre il disert. 

Et imaginez…

Je rentre dans une boucherie, une plomberie ou une garagisterie, comme vous voulez. Mais moi je choisis une boucherie. Dialogues :

Moi : M’sieurs dames.

Le boucher : C’est à qui le tour ?

Moi : C’est à moi.

Le boucher : C’est à lui.

Moi, me retournant et ne voyant personne : Excusez-moi, c’est à moi que vous parlez ?

Le boucher : Bah oui, c’est à lui. A qui voulez-vous qu’il cause ?

Moi : Heu… Lui, c’est donc moi ?

Le boucher : Il voudrait que ça soit qui d’autre ? 

Moi : Heu… Personne..

Le boucher : Alors qu’est-ce qu’il veut ?

Moi : Vous voulez dire ce que je veux ?

Le boucher : Il dit comme il veut. 

Moi : Bonbin, je veux 500 grammes de chair à saucisses.

Le boucher : Et avec ça, qu’est-ce qu’il lui sert ?

Moi : Vous voulez dire : qu’est-ce que je me sers ?

Le boucher : Mé non. Lui, il choisit ce qu’il veut et lui il le lui sert. 

Moi : Et moi ?

Le boucher : Lui ?

Moi : Oui, moi.

Le boucher : Oui, hébin qu’est-ce qu’il veut ? Il lui prépare une viande ? Il lui découpe une dinde ? Il lui prend une commande ?

Moi : Vous voulez dire que il c’est aussi vous ?

Le boucher : Il veut dire que lui c’est aussi lui ? 

Moi : Plaît-il ?

Le boucher : Oui, surtout aux juments.

 

A ce moment-là, apparaît une cliente.

Le boucher, se tournant vers elle : Et pour elle, qu’est-ce que ce sera ?

 

Parlez-vous le elle ?…

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