
Par un joyeux début d’après-midi de flânerie, à l’heure où la bise fraîche de juin laissait enfin la place aux chaleurs estivales prometteuses, je m’enivrais de balades langoureuses le long du canal Saint-Martin. Les quais et leurs gros pavés cabossés, les platanes centenaires, le courant léger des eaux douces, j’étais à Paris, j’étais ailleurs.
Je goûtais la tiédeur de l’air avec gourmandise. Je sentais la douce odeur de vase du canal. Je captais les fragrances des plantes en pot des fenêtres. L’esprit vagabond, je m’imaginais sur les berges de la Vilaine à la Roche-Bernard, de l’Odet à Quimper, de l’Auray à Saint-Goustan, de l’Aven à Pont-Aven… J’étais breton par procuration.
Et puis, de loin, je l’ai aperçu. Perdu dans mes navigations internes, je l’ai d’abord cru issu de mes divagations. Sa silhouette se rapprochant lentement, je me suis ressaisi. Les bottes, le couvre-chef, la veste paramilitaire, la besace et la canne : tout devint limpide. Un pêcheur séculaire avait traversé l’espace-temps pour taquiner le goujon le long du canal Saint-Martin de Vilaine sur Odet d’Auray sur Aven.
La vision campagnarde avait toute sa place dans le décor. D’un pas nonchalant, le pêcheur glissait doucement le long du quai, comme une embarcation se laissant guider par le fil de l’eau. Et moi, je savourais ce moment parisien inespéré.
Et quand il est passé tout à côté de l’interdiction, j’ai mordu à l’hameçon, et à pleines dents.
